Critique de livres·Littérature belge

« Aux vents déraisonnables » de Christiana Moreau

Aux vents déraisonnables de Christiana Moreau

Publié aux éditions Empaj, Aux vents déraisonnables est le tout nouveau roman de Christiana Moreau, une auteure belge bien connue sur ce blog. À quelques jours de la Foire du livre de Bruxelles, où Christiana sera présente, je vous propose de découvrir mon avis sur cette nouvelle parution.

Lire le dernier livre d’une auteure que l’on connaît bien est toujours un exercice délicat. La crainte d’être déçue, de ne pas retrouver la magie attendue, plane à chaque page. Pourtant, lorsque Aux vents déraisonnables est arrivé dans ma boîte aux lettres, je n’ai pas résisté : il me fallait le dévorer immédiatement.

François, fils d’ouvrier agricole au service des Vogelhof et Maria, la fille des fermiers se connaissent depuis leur plus tendre enfance. Ils ont exploré ensemble tous les chemins du plateau des Hautes Fagnes, ce territoire sauvage et isolé situé en Wallonie, à l’est de la Belgique et aux confins de l’Allemagne. Leur amitié a grandi librement entre landes désertes et tourbières, forêts denses et collines ondoyantes, rivières impétueuses et lacs profonds.
Lorsque la douce Lucie arrive à la ferme pour un séjour chez sa cousine Maria, de sombres nuages commencent à s’insinuer dans la belle entente insouciante des amis.
Pourtant, des menaces bien plus graves vont s’abattre sur les jeunes gens. La guerre est déclarée et ce territoire est annexé par Hitler. François s’enfuit à Liège pour échapper à son enrôlement dans la Wehrmacht et entre dans la Résistance pendant que Maria est incorporée au Service du travail du Reich qu’elle doit effectuer en Allemagne avec les « Malgré-elles ».
Les deux adolescents séparés vont suivre des chemins différents et devenir adultes. Pourront-ils retrouver leur amour intact lorsque la paix sera revenue et quel sera le rôle de Lucie qui a aidé François dans la lutte contre l’occupant allemand ?
Un roman de passion, de violence et de jalousie implacable dans un paysage d’une beauté cruelle aux prises avec l’Histoire.

L’intrigue se déroule dans le plat pays. François et Maria sont jeunes et passent beaucoup de temps ensemble dans la nature des Hautes Fagnes. François est étudiant, tandis que Maria a arrêté ses études depuis un an pour aider sa mère à la ferme. Belle et indomptable, Maria ressemble un peu aux paysages de cette région sauvage : fascinante, mais imprévisible. Il faut s’en méfier.

La frontière avec l’Allemagne est toute proche. Le nazisme monte, la Seconde Guerre Mondiale approche et certains habitants des Cantons de l’Est peinent à choisir leur camp. J’ai trouvé intéressant de découvrir cette époque à travers le prisme de cette région que je connais peu. La famille de Maria est plus proche de l’Allemagne, tandis que François s’y oppose.

L’arrivée de Lucie, la cousine de Maria venue de Liège après le décès de sa mère, vient troubler cet équilibre. Accueillie à la ferme pour quelque temps, elle s’immisce malgré elle entre Maria et François. Maria, contrariée, devient maussade. L’atmosphère devient rapidement lourde et oppressante, comme le climat politique. Cette entrée en matière m’a fait penser à La maison du canal de Georges Simenon, où l’arrivée d’Edmée, orpheline bruxelloise, vient troubler l’équilibre familial.

Je n’ai pas trop aimé le personnage de Maria : trop agressive, instable, avec des sautes d’humeur difficiles à comprendre. À l’inverse, Lucie, plus douce et citadine, m’a semblé plus attachante. Dès les premières pages, j’ai été conquise par ce livre, portée par son ambiance tendue et son décor puissant, pris dans la tourmente de l’Histoire. Lucie et François prendront part à la Résistance, tandis que Maria sera enrôlée du côté allemand. Je ne peux pas en dévoiler davantage sur l’intrigue, si ce n’est que j’ai adoré suivre l’évolution des personnages, les retrouvailles du trio et surtout l’intensité du final.

Christiana Moreau signe un roman parfaitement maîtrisé, où se mêlent Histoire, triangle amoureux et tragédie. Une histoire puissante, qui confirme son talent et fait d’elle une auteure incontournable de la littérature belge.

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